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Pourquoi la France figure-t-elle dans le top 5 des pays les plus cyberattaqués ?

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Illustration : la France parmi les pays les plus cyberattaqués

Fin mai 2026, le ministère de l'Économie reconnaissait qu'un acteur malveillant avait pu accéder au fichier national des comptes bancaires, exposant les données d'environ 1,2 million de comptes. Quelques semaines plus tôt, le ministère de l'Intérieur, le ministère des Sports et l'Office français de l'immigration étaient visés par des attaques distinctes. Ces incidents ne sont pas des accidents isolés : ils s'inscrivent dans une tendance lourde qui place la France, selon les classements, parmi les trois à cinq pays les plus ciblés au monde.

Comment expliquer cette position ? Et que recouvre exactement ce « top 5 » que l'on cite si souvent ? Décryptage.

« Top 5 », « top 3 », « 2e en Europe » : que disent vraiment les classements ?

Première mise au point indispensable : le rang exact de la France varie selon la méthodologie employée, et c'est normal. Comparer ces classements sans les comprendre conduit à des affirmations fragiles. Trois lectures cohabitent en 2025-2026.

Trois classements, trois périmètres : la France toujours en tête
SourcePérimètreRang FranceRepère chiffré
Inetum, Threat Landscape 2025Mondial (volume d'incidents)Top 3154 601 alertes · 29 886 incidents
Check Point, France 2025Europe2e~13 % des attaques européennes
Radware, Menaces géopolitiquesMondial (hacktivisme)5e~840 attaques revendiquées
Sources : rapports Inetum, Radware et Check Point 2025 · luksmentis.com · 01 juin 2026

Dans son Threat Landscape 2025, l'ESN Inetum place la France dans le top 3 mondial des pays les plus attaqués, aux côtés des États-Unis et du Royaume-Uni. Ce constat s'appuie sur l'activité réelle de son centre de surveillance, qui a analysé plus de 154 000 alertes de sécurité et confirmé près de 29 900 incidents avérés sur l'année.

Le rapport annuel de Radware sur les menaces géopolitiques propose une autre focale. En se concentrant sur l'hacktivisme et les attaques à motivation politique, il classe la France 5e mondiale avec environ 840 attaques revendiquées, derrière Israël, les États-Unis, l'Ukraine et l'Allemagne. Ici, c'est la dimension conflictuelle qui structure le palmarès.

Enfin, le rapport de Check Point retient une maille européenne : la France y est le 2e pays le plus ciblé du continent en 2025, concentrant environ 13 % des attaques recensées en Europe, juste derrière le Royaume-Uni et devant l'Allemagne.

Ces trois rangs ne se contredisent pas : ils mesurent des choses différentes : volume global d'incidents, attaques géopolitiques, part régionale. Leur point commun est ce qui compte : quelle que soit la grille de lecture, la France ne quitte jamais le peloton de tête.

Les chiffres officiels confirment la tendance

Au-delà des éditeurs privés, les sources publiques françaises dessinent la même trajectoire ascendante.

Le service statistique du ministère de l'Intérieur a recensé plus de 17 500 cyberattaques en France en 2025, soit une hausse de 4 % par rapport à 2024. Du côté du régulateur des données, la CNIL a reçu 5 629 notifications de violations de données personnelles en 2024, en progression de 20 % sur un an, avec un doublement des violations touchant plus d'un million de personnes. L'ANSSI, de son côté, a traité 4 386 événements de sécurité en 2024, soit 15 % de plus qu'en 2023.

Évolution annuelle des indicateurs de menace en FranceCyberattaques recensées (SSMSI): 4 %. Événements traités (ANSSI): 15 %. Violations notifiées (CNIL): 20 %. Cas de ransomware (Inetum): 23 %Cyberattaques recensées (SSMSI)Cyberattaques recensées (SSMSI): 4 %4 %Événements traités (ANSSI)Événements traités (ANSSI): 15 %15 %Violations notifiées (CNIL)Violations notifiées (CNIL): 20 %20 %Cas de ransomware (Inetum)Cas de ransomware (Inetum): 23 %23 %
Évolution annuelle des indicateurs de menace en FranceSources : SSMSI, ANSSI, CNIL, Inetum (variations sur un an) · luksmentis.com · 01 juin 2026

La menace n'augmente donc pas seulement en fréquence, mais aussi en ampleur : les incidents de masse, touchant des millions de personnes, se multiplient. Le ransomware reste l'arme de prédilection : Inetum en a recensé plus de 8 000 cas sur 2025, en hausse de 23 % en un an.

Pourquoi la France, précisément ?

Quatre facteurs structurels, régulièrement pointés par les analystes, expliquent cette surexposition.

Le poids économique. La France est l'une des premières économies mondiales, avec une densité élevée d'entreprises à forte valeur, de grands groupes internationaux et d'infrastructures critiques. Plus une cible concentre de valeur, plus elle attire les attaquants à motivation financière, au premier rang desquels les opérateurs de ransomware.

Une transformation numérique rapide. La numérisation accélérée de l'économie et des services publics élargit mécaniquement la surface d'attaque. Chaque nouveau service en ligne, chaque interconnexion, chaque application mobile est une porte supplémentaire. Cette dynamique touche particulièrement les PME et ETI, souvent moins outillées que les grands groupes pour suivre le rythme de la sécurité.

L'exposition géopolitique. C'est sans doute le facteur le plus déterminant ces dernières années. Le rôle de la France au sein de l'Union européenne, son soutien à l'Ukraine et son poids diplomatique en font une cible privilégiée de l'hacktivisme à motivation étatique. Des groupes pro-russes comme Noname057(16) ont mené des campagnes répétées de déni de service et de défaçage visant institutions et entreprises françaises. Comme le résume Radware, cette concentration des attaques sur quelques nations illustre l'usage de l'hacktivisme comme arme par procuration dans les conflits contemporains, destinée à perturber les infrastructures numériques des adversaires.

La convoitise sur nos fleurons. Au-delà de la valeur financière immédiate, le tissu économique français concentre des champions industriels, technologiques et de défense, des fleurons qui suscitent autant d'admiration que de convoitise. Certaines opérations ne visent pas un gain rapide mais un avantage durable : du cyberespionnage destiné à dérober brevets, savoir-faire et secrets de fabrication au profit de concurrents étrangers, ou des manœuvres de déstabilisation cherchant à fragiliser une entreprise pour en faciliter le rachat à bas prix, un scénario déjà vu. Dans ces campagnes, souvent patientes et discrètes, la donnée volée vaut moins comme butin que comme levier stratégique.

Un détail révélateur souligné par Check Point : la répartition des attaques sur l'année est très inégale. Près d'un quart des incidents de 2025 ont été enregistrés sur le seul mois de décembre, période propice aux campagnes d'hameçonnage et aux fraudes liées aux achats de fin d'année.

Ce que notre veille observe au quotidien

Notre dispositif de veille consolide en continu les signaux cyber francophones, ce qui permet d'observer la menace française à un grain fin. Sur une fenêtre récente, les signalements spécifiquement liés à la France illustrent parfaitement la diversité des cibles : aucune organisation n'est trop petite ni trop périphérique pour être visée.

Composition du flux cyber francophone, par typeVulnérabilités: 53.4 %. Fuites de données: 15.4 %. Ransomware: 9.3 %VulnérabilitésVulnérabilités: 53.4 %53.4 %Fuites de donnéesFuites de données: 15.4 %15.4 %RansomwareRansomware: 9.3 %9.3 %
Composition du flux cyber francophone, par typeSource : veille LuksMentis (flux consolidé, 30 derniers jours) · luksmentis.com · 01 juin 2026

Les exemples relevés sur cette période en témoignent : une fuite de données chez McDonald's France affectant son programme de fidélité, la plateforme Gîtes de France touchée parmi plusieurs sites de réservation, une vague d'incidents frappant le secteur du tourisme français, ou encore l'alerte sur la vulnérabilité croissante des PME et ETI face aux ransomwares. On y relève aussi une augmentation d'environ 10 % des fuites de données en France pour 2025.

Secteurs les plus visés par les événements cyber majeurs (France)Technologie*: 130 mentions. Gouvernement: 82 mentions. Industrie: 50 mentions. Finance: 43 mentions. Commerce: 38 mentions. Santé: 36 mentions. Éducation: 28 mentions. Médias: 27 mentionsTechnologie*Technologie*: 130 mentions130 mentionsGouvernementGouvernement: 82 mentions82 mentionsIndustrieIndustrie: 50 mentions50 mentionsFinanceFinance: 43 mentions43 mentionsCommerceCommerce: 38 mentions38 mentionsSantéSanté: 36 mentions36 mentionsÉducationÉducation: 28 mentions28 mentionsMédiasMédias: 27 mentions27 mentions
Secteurs les plus visés par les événements cyber majeurs (France)Source : données LuksMentis (signalements d'événements cyber majeurs liés à la France, depuis février 2026). * « Technologie » regroupe éditeurs de logiciels, SaaS, services IT, etc · luksmentis.com · 01 juin 2026

Ce panorama confirme un déplacement notable : la cybercriminalité ne vise plus seulement les grands groupes et les administrations centrales. Elle descend vers le tissu économique intermédiaire, celui qui dispose de données monnayables mais de défenses plus modestes. C'est précisément ce maillon que les attaquants, désormais outillés pour automatiser leurs campagnes, exploitent à grande échelle.

Une position durable, pas une anomalie

La place de la France dans le top 5 des pays les plus cyberattaqués n'est ni un artefact statistique ni un mauvais millésime. Elle découle de caractéristiques structurelles (richesse économique, maturité numérique, exposition géopolitique) qui ne vont pas disparaître. Les classements continueront de varier d'un rang ou deux selon la méthodologie, mais la tendance de fond est stable.

Pour les organisations françaises, l'enseignement est clair : la question n'est plus de savoir si l'on sera ciblé, mais quand, et avec quel niveau de préparation. Dans un contexte où le volume comme la vitesse des attaques augmentent, la veille continue et l'anticipation cessent d'être un luxe pour devenir une nécessité opérationnelle.


Sources

  • Inetum, Threat Landscape 2025 (France dans le top 3 mondial ; 154 601 alertes, 29 886 incidents ; +23 % de ransomwares) : inetum.com
  • Radware, Rapport annuel sur les menaces géopolitiques 2025 (France 5e mondiale, ~840 attaques) : radware.com, relayé par La Nouvelle Tribune
  • Check Point, Paysage des menaces en France 2025 (2e pays européen le plus ciblé, 13 % des attaques), via le Blog du Modérateur
  • Service statistique du ministère de l'Intérieur (SSMSI) : plus de 17 500 cyberattaques en 2025 (+4 %), via franceinfo
  • CNIL : 5 629 notifications de violations de données en 2024 (+20 %) : cnil.fr
  • ANSSI : 4 386 événements de sécurité traités en 2024 (+15 %) : cyber.gouv.fr
  • Données primaires : veille LuksMentis (flux cyber consolidé, mai-juin 2026)
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